Trois ans de prison pour l'accident mortel de Caumont


03 Aug
03Aug

Ce jeudi se déroulait le procès du double homicide involontaire du vendredi 6 avril dernier, à Caumont. Ce jour-là, Zoé conduit une Peugeot 206. Il est presque 14 heures, et elle n'a pas dormi de la nuit. Sur la place passager, Dimitri dort. Tout à l'heure, il a décidé de laisser le volant à Zoé, s'estimant trop fatigué. Sur la RD 935, la voiture croise un radar qui la flashe à 118 km/h. Deux kilomètres plus loin, selon deux automobilistes témoins des faits, la 206 quitte brusquement sa voie. Elle percute de plein fouet la Renault Kangoo d'un homme de 83 ans. Sous le choc, les deux voitures sont soulevées. Dans la 206, Dimitri est tué sur le coup. L'autre automobiliste meurt après 5 semaines de soins intensifs. Zoé, 28 ans, saisonnière, polytoxicomane, sous méthadone depuis près de 10 ans, comparaît pour ce double homicide. Après avoir demandé un délai pour préparer sa défense, elle avait fait l'objet d'une mise en détention en attendant le procès. Les enquêtes sociale et psychologiques réclamées par le tribunal et la défense ont été réalisées dans les temps, l'audience a pu se tenir.

Zoé a été elle-même sévèrement touchée au dos et aux membres inférieurs dans l'accident. Le tribunal a longuement écouté Zoé raconter, en larmes, sa version du drame. Mais au fil des questions, se dessine le portrait d'une jeune femme au parcours chaotique, tombée dans la drogue vers 17 ans. Héroïne, très tôt, puis cocaïne, cannabis… Si Zoé affirme chercher à «décrocher», ses multiples sevrages n'ont jamais suffi. Cette omniprésence de la drogue dans le dossier concerne aussi Dimitri. Lui et Zoé vivaient dans une camionnette aménagée en camping-car.

Une vie de bâton de chaise, avec fête, nuits blanches, alcool, stupéfiants, petits boulots… «Mais ce n'est pas son comportement à lui, au contraire, qui a provoqué l'accident», fait valoir Me Roujou de Boubée, pour la famille de Dimitri. «Il a choisi de s'arrêter, elle a choisi de conduire.» Idem pour la drogue. Les parents de l'autre victime, bien que présents à l'audience, étaient venus sans avocat, et n'ont pas voulu se porter partie civile.

Cette question du choix revient dans le réquisitoire du Parquet. «Le cocktail Molotov de l'accident est là : vitesse, stupéfiants, fatigue», lance Alice Gardair. Il n'y a aucun problème de climat, la route est sèche, en ligne droite. «Ce n'est pas la simple faute d'inattention.» Il y a ces traces de stupéfiants dans le sang, qui peut valoir à Zoé jusqu'à 7 ans de prison, comme circonstance aggravante. Et cette banalisation de la consommation par Zoé, qui lui fait reporter le problème sur une sorte de malaise vagale, et non sur l'usage des drogues. Enfin, si elle parle de sa propre souffrance, Zoé fait peu de cas de celles des familles des disparus. «Le plus important, dans la peine qui sera retenue, sera de s'assurer de l'absence de réitération.» Peine requise : 5 ans dont une année assortie du sursis avec mise à l'épreuve, et de multiples obligations — soins, indemnisations, formation… Me Martin, l'avocat de Zoé, dénonce «une caricature» dans sa plaidoirie et demande une réduction de la détention. «On ne va pas lui reprocher de vivre. Ou de dire sa douleur.» Il fait valoir que la jeune femme assume sa responsabilité, sa culpabilité. Il conteste en revanche la vitesse : le radar, deux kilomètres plus tôt, ne fait pas foi, et les témoins assurent qu'elle ne roulait pas vite au moment du choc. Il conteste le défaut de permis : Zoé, si elle s'en était occupée, avait le droit de le récupérer. Il conteste également l'emprise des stupéfiants. «Il existe des modalités pour mesurer les taux exacts, pour définir s'il y a emprise ou pas.» Or, rien n'a été fait. «Sur les éléments factuels, il n'y a que sa fatigue. Sa première faute : avoir mené cette vie-là, pendant toutes ces années. Mais des années de prison ne l'aideront pas, et ne soulageront pas la peine des familles des défunts.»

Le tribunal a finalement condamné Zoé à 4 ans, dont un avec sursis, obligation de soins, d'indemnisation des victimes, de formation ou de travail, avec interdiction de repasser le permis pendant 12 mois. La jeune femme est directement repartie à la prison de Seysses à la fin de l'audience.

Marc Centène



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