Meurtres des deux Audois Gabriel et Julien : rendez-vous qui a mal tourné ou guet-apens ?


23 Mar
23Mar

La semaine dernière, les familles des deux Malvois tués à Revest-du-Bion ont désigné leurs avocats respectifs. L’un est Carcassonnais et l’autre Gersois. Évoquant le "nécessaire secret de l’instruction" alors que les investigations se poursuivent sous l’autorité du juge d’Aix-en-Provence, les deux robes noires s’expriment sur les attentes de leurs clients dans ce dossier, plus complexe qu’il n’y paraît.

Me Franck Alberti, avocat au barreau de Carcassonne, défend les intérêts des parents, du frère et des sœurs de Julien Boumlil, dans le cadre de cette affaire. Il s’est officiellement constitué partie civile vendredi dernier.



Franck Alberti, avocat de la famille de Julien.
Franck Alberti, avocat de la famille de Julien. - L'Independant - Christophe Barreau 



En tant qu’avocat de la famille de Julien, quel est votre sentiment sur ce dossier ?

Il a pris une nouvelle tournure depuis deux semaines et la découverte des corps. Même si l’on recherchait les deux jeunes depuis le 3 décembre, là on repart complètement à zéro. Le caractère particulier de cette affaire est que les suspects actuels sont finalement les dernières personnes qui avaient vu Julien et Gabriel. Ils ont dit qu’ils étaient repartis mais en réalité, ils n’avaient jamais quitté le village. Les investigations vont donc être menées avec un prisme différent à présent puisqu’il s’agit d’un double meurtre. Et même s’il y a des suspects, il va falloir répondre à de nouvelles questions qui se posent…

Comme celle de la préméditation, soulevée par les familles ?

Un dossier, c’est vivant. Il peut être amené à évoluer dans un sens ou dans un autre. Pour l’heure, la préméditation n’est pas retenue par le juge d’instruction mais peut-être le sera-t-elle plus tard (Ndlr, les frères Merino ont été mis en examen pour « homicide volontaire » et non « assassinat ». Les peines encourues pour ces crimes sont différentes). Pas parce que l’on souhaite à tout prix qu’il y ait eu préméditation mais tout simplement parce que je représente la famille et qu’elle se pose cette question. Soit c’est une rencontre qui a mal tourné comme le dit un des frères, soit tout était écrit d’avance. Il est primordial de le savoir.

Les aveux n’ont donc pas mis fin aux interrogations des familles…

Non. Les familles ont cherché pendant deux mois, les amis se sont mobilisés, ils ont essayé de comprendre… tout cela aboutit à des proches qui s’étaient fait une idée particulière des relations qu’entretenaient Julien et Vincent (Merino, l’un des frères mis en examen, NDLR). Et maintenant, nonobstant les aveux, ils ne veulent pas passer à côté de la vérité. Ils ont rencontré les suspects durant leurs recherches et les frères leur ont raconté des salades. Les familles se demandent donc s’ils ne cachent pas encore certaines choses.

Le mobile supposé de ces meurtres, la dette d’argent, est assez sinistre…

Je refuse de cristalliser l’affaire sur le motif, sur la dette. On ne tue pas, on n’exécute pas quelqu’un pour quelques milliers d’euros. Il n’y a rien qui puisse justifier ce qu’il s’est passé. Est-ce que Julien aurait pris Gabriel avec lui en pensant qu’il allait se passer cela ? Bien sûr que non. Ils n’y sont pas allés pour un recouvrement forcé. Ils sont juste tombés sur des fous furieux.

Que dire des stupéfiants, évoqués à plusieurs reprises dans ce dossier ?

La famille n’accepte pas d’entendre qu’il s’agit d’une affaire de drogue car cela vient ternir l’image de Julien qui était quelqu’un de très aimé, très proche de sa famille. Un bon gars. Et puis surtout ce n’était pas un trafic de stupéfiants. Ce n’est pas du tout le sujet dans ce dossier. Julien et Vincent étaient copains mais ils ne revendaient pas de la drogue ensemble. La famille est choquée que l’on ne retienne que les stupéfiants car cela donne l’impression que c’est presque les risques du métier en quelque sorte. Alors qu’il ne s’agit pas d’une histoire de fournisseur et de débiteur qui se doivent de l’argent.

"Il y a tout un faisceau d'indices qui laisse penser qu'il y a eu préméditation" 

Me François Roujou de Boubée, inscrit au barreau d’Auch (Gers), s’est constitué partie civile pour le père, la grand-mère et la belle-mère de Gabriel Ferchal. Une famille "anéantie" par la perte d’un enfant et qui attend à présent "des réponses".


Me Roujou de Boubée qui représente les intérêts du père de Gabriel.
Me Roujou de Boubée qui représente les intérêts du père de Gabriel. - Photo - La Dépêche du Midi 


Comment et quand avez-vous été amené à vous constituer partie civile dans ce dossier ?

Le père de Gabriel, M.Ferchal, a entendu parler de moi et il m’a contacté, tout simplement. Je vais le représenter ainsi que la belle-mère de Gabriel et sa grand-mère paternelle, dont il était très proche. Ils m’ont désigné jeudi dernier (13 février).

Dans quel état se trouvent-ils actuellement ?

Ils sont anéantis et un peu perdus. Ils se posent beaucoup de questions puisqu’ils ne connaissent pas exactement les circonstances de la mort de Gabriel. Ils veulent savoir ce qu’il s’est passé.
Comment ont-ils perçu l’interpellation des deux suspects, les frères Merino ?
Savoir qu’il y a des suspects et une piste dans ce dossier, c’est un premier pas dans l’acceptation de la mort de leur enfant et dans le parcours du deuil. Ils souhaitent surtout que l’on respecte la mémoire de Gabriel.

Justement, qui était Gabriel selon le portrait dressé par sa famille ?

Gabriel était un jeune homme gentil, toujours serviable, toujours prêt à aider les autres. Il était « fan » de mécanique et donnait toujours un coup de main à droite à gauche. La famille ne supporte pas qu’on dise que Gabriel est allé là-bas pour une dette de stupéfiants. Il n’était pas du tout un trafiquant de drogue comme on voudrait le faire croire. Cela leur fait mal d’entendre ce genre de propos.

Précédemment, vous avez évoqué la possible préméditation des meurtres de Gabriel et Julien, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Il y a tout un faisceau d’indices qui laisse penser qu’il y a eu préméditation. Nous, nous interrogeons au regard de ces informations. À savoir si la présence de Gabriel et Julien (à Revest-du-Bion) est un concours de circonstances ou si on les a fait venir pour les tuer. Et puis nous nous posons d’autres questions. D’où proviennent les armes des suspects ? Pourquoi étaient-elles là ? Comment ont-ils trouvé un engin de levage pour déplacer les corps ? Nous voulons connaître toute la vérité.

De toute façon, la peine à laquelle les suspects seront éventuellement condamnés, ce n’est pas cela qui ramènera Gabriel à ses proches.

Vous dites que Gabriel serait une « victime collatérale » dans cette affaire. Pourquoi ?

Tout ce que je sais c’est qu’il a accompagné son ami d’enfance, Julien, et malheureusement il y a eu ce drame. Pour l’instant, en l’état du dossier, il apparaît comme une victime collatérale et c’est ce que sa famille pense également. Je ne sais pas si Gabriel connaissait Vincent (Merino) ou pas.

Comment avance l’instruction du juge aixois ?

Les familles seront bientôt entendues par le juge d’instruction. Il y a encore beaucoup d’actes à réaliser: plusieurs auditions, probablement des reconstitutions, des expertises psychiatriques des suspects… Et d’autres personnes vont sûrement se constituer partie civile prochainement.

RECUEILLIS PAR LAURE MAMET (L'INDEPENDANT)

https://www.midilibre.fr/2020/02/18/meurtres-des-deux-audois-gabriel-et-julien-rendez-vous-qui-a-mal-tourne-ou-guet-apens,8740815.php

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